VILAINPar Marc Emile Baronheid - Si vous n’avez jamais croisé un roman de Philippe Vilain, l’occasion est belle, immanquable même, de traverser impunément les sables mouvants de l’amour.


Elle s’appelle Emma Parker. Elle prépare un master de lettres sur Romain Gary. Elle est séduisante, forcément séduisante. Elle a vingt ans. Il flirte avec les quarantièmes surgissants.
Ils se séduisent. Elle virevolte. Il redoute un « pas le premier soir ». Elle dit oui. Et si elle avait fait l’amour par politesse ? On ne refuse pas un cadeau anachronique. Elle lui tombe dans les bras. Il monte en amour. Elle préfère lire à embrasser. Il préfère aimer à écrire. Une passion parmi tant d’autres, mais pas tout à fait la même. Emma révèle qu’un mal l’habite, possiblement fatal. C’est Bérénice qu’on assassine. « dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous ? ». Elle ironise son drame. Il veut donner le change à leur couple sans avenir.

 


Depuis son premier roman, écrit il y a vingt ans, Philippe Vilain continue d’aiguiser cette aisance à affronter les rapides piégeux de la séduction féminine. Affecter de s’en jouer pour éviter d’en être le jouet ? « Il s’agit toujours d’un homme, le narrateur, qui analyse sa réaction à une femme, dissèque méticuleusement les sentiments qu’elle lui inspire, les mouvements de son égarement amoureux ». Aussi les expériences du cocufiage. Une révélation d’Emma en procède, qui rebat soudainement les cartes du tendre. Cela sonnerait le glas pour beaucoup de couples d’infortune. Ici commence une nouvelle histoire, aimantée par la stratégie trompeuse du mensonge. A moins que ce ne soit la même. Vient le moment où l’ombre est rattrapée par sa proie. Et le romancier par ses hantises. C’est l’instant où apparaît une certaine Céline Marchand. Pour en avoir le cœur net, le lecteur, la lectrice plus encore, sont prêts à forcer le compartiment étanche qui les sépare de l’art fragile de la dissimulation.

Philippe Vilain : une œuvre toute de cohérence et d’incertitudes

Philippe Vilain effleure plusieurs fois une composante de son propre caractère qui lui est chère : Emma est « bavarde de timidité », même si « elle n’avait pas la timidité que je lui avais devinée », son désir d’écrire procédait « d’une certaine timidité ». Il a consacré à son merveilleux malheur un autoritaire essai cathartique, impressionnant forage en profondeur vers l’origine de cette camisole de force. « La difficulté à classer mes timidités provient autant de leur contingence que de leur caractère polymorphe, autant de la multiplicité de leur expression que de la variété des objets qui les causent ». Un proverbe espagnol dit joliment que la timidité est la prison du cœur. Vilain va plus loin, qui remplace prison par frigidité. Ce qu’il confie de son rapport aux femmes est un trousseau de clés pour une œuvre toute de cohérence et d’incertitudes . La maladresse, la gaucherie, les paralysies, peuvent donner lieu à des réactions aux antipodes de la sujétion dans laquelle elles engluent le timide. Ce n’est pas un hasard si Vilain a écrit aussi la préface « Le donjuanisme est un humanisme ». On rejoint Alain, professant que la timidité est le mal des héros. Le dieu des timides y reconnaîtra les siens… Il serait dommage de passer à côté de ce contre-traité d’hédonisme à l’usage de toutes les générations.

 

« La fille à la voiture rouge », Philippe Vilain, Grasset, 19 euros
« Confession d’un timide », Philippe Vilain, paru en 2010, Grasset. 14,50 euros

 

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