septembre2017Par Emmanuelle de Boysson - Quelqu’un l’a dit. Depuis les chroniqueurs suivent et osent dénoncer la tendance à l’exofiction. Ca fait longtemps que je regrette ce choix des éditeurs d’estampiller romans des biographies, fussent-elles romancées. Paraît que ce serait plus rentable, plus chic.


Un éditeur m’avait d’ailleurs conseillé de me tourner vers une personnalité exceptionnelle pour avoir plus de chances de vendre. Il m’aurait fallu choisir un angle : sa nounou, sa maîtresse, son chien… ou ses derniers jours. Pour mon prochain roman, j’ai même regardé les commémorations de 2019 (la liste du ministère n’étant pas encore officielle) : naissance d’Hemingway, de Jacques Laurent, de Gérard Oury, mort de Segalen, publication de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » et Goncourt… En réalité, j’ai la flemme de me lancer dans une grosse documentation et j’ai peur de me tromper, qu’un lecteur me fasse remarquer une erreur de date, que les ayant droits se manifestent…

 

Rentrée littéraire : les bios romancées seraient-elles plus rentables et plus chic ?

 

En cette rentrée, ils sont nombreux ceux qui ont opté pour une bio romancée ou un fait divers. Les journalistes adorent ça : enfin de la matière à de longs papiers. Et puis, le lecteur aime apprendre et se dit qu’il ne dépense pas 20 euros pour rien. Une bonne doc, une plume légère et hop, tout le monde est rassuré. Surtout la famille de l’auteur qui craignait des révélations sur un secret bien gardé ou un déballage de vie privée. A dire vrai, j’ai tellement de scénarios en tête que je pourrais composer un recueil de nouvelles. Peut-être ferai-je mieux de suivre mon désir, au risque de décevoir, même si je préfèrerais flâner, paresser, au lieu de passer des heures face à mon ordinateur. Trêve de confidences, cette rentrée s’avère ouverte, variée, pleine de surprises puisqu’elle n’est pas plombée par des poids lourds. Parmi mes lectures, voici des romans que j’ai lus avec plaisir même si j’ai quelques réserves souvent liées à des excès : longueurs, détails inutiles, style qui laisse parfois à désirer. Les éditeurs seraient-ils trop occupés pour prendre le temps de corriger les textes ? Françoise Héritier parlait de rémanence, ce qui nous reste plusieurs semaines après la lecture d’un livre. Quand j’y pense, je revois le vol des oies, dans « Six oies cendrées », d’Henri Coulonges (Grasset) lu il y a des années. Etrange, ce sont des images poétiques qui m’apparaissent. Mon inconscient est imprégné de scènes de grands romans classiques : la rencontre entre Louise de Rénal et Julien Sorel, la chevauchée d’Emma et de Rodolphe, les personnages grisonnants du « Temps retrouvé », le perroquet d’un « Cœur simple »… Quand je repense à mes nombreuses lectures de l’été, me reviennent des fins tragiques, celle de « Je suis Jeanne Hébuterne » d’Olivia Elkaïm (Stock), de « Qui ne dit mot consent » d’Alma Brami (Mercure) et du « Triomphe de Thomas Zins » de Matthieu Jung (Anne Carrère). Je ris encore du voyage vers le Périgord dans « La Serpe » de Philippe Jaenada (Julliard) et du moment où Paul drague des lesbiennes dans « De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles » de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel). Au fond, j’aime quand l’auteur s’abandonne, qu’il cesse d’être parfait, brillant, qu’il ne cherche plus à plaire. Bonne lecture.

 

Lire aussi dans les chroniques d'Emmanuelle de Boysson :

Prix Libr’à nous : les Césars des libraires

Publier son roman : le parcours du combattant

Rentrée littéraire de janvier : les romancières se sont donné le mot

 

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